
Au cours des derniers mois, les grands chocs économiques s’enchaînent à un rythme tel que les investisseurs ont à peine le temps de les digérer. Il n’est donc pas inutile de s’arrêter quelques instants pour tenter d’y voir plus clair, en faisant le point sur l’état de notre économie et de ses perspectives.
Le premier semestre de 2011 a réservé son lot de misères à chaque grande zone économique de la planète : un tremblement de terre suivi d’un tsunami et d’une catastrophe nucléaire au Japon, la résurgence des problèmes de finances publiques dans les pays de la périphérie européenne, un ralentissement possible de la croissance économique ainsi que des catastrophes naturelles aux États-Unis et une surchauffe en Chine. Nous les passons en revue pour vous en mettant en évidence leurs conséquences.
Le Japon
Au pays du soleil levant, les séquelles du tremblement de terre disparaissent progressivement. La reconstruction est en marche, soutenue par un budget de 50 milliards d’euros. Ces nouveaux capitaux devraient remettre le patient (économique) sur pied. Mais les problèmes nucléaires à Fukushima restent bien entendu très préoccupants.
Par certains côtés, le Japon est une Belgique en plus grand. Le pays asiatique a une population encore plus vieillissante, une épargne encore plus abondante et une dette publique encore plus impressionnante. Mais le Japon ne peut pas compter sur la principale arme de la Belgique : l’Allemagne. Un voisin puissant qui est non seulement le plus grand exportateur du monde, mais également une machine économique qui n’a jamais été aussi dynamique. L’entreprise qui a vendu le plus de voitures dans le « pays de Toyota » le mois dernier n’est autre que BMW.
L’Allemagne et le reste de l’Europe
En Europe, la crise de l’endettement public atteint son paroxysme. La situation de la Grèce, du Portugal et de l’Irlande n’est plus une question de manque de liquidité, c’est-à-dire un déficit temporaire de moyens financiers, mais un problème de solvabilité. La faillite d’un État n’implique pas toujours que ce dernier ne dispose plus des moyens nécessaires au remboursement de ses dettes. Un État a en effet toujours la possibilité, quasi illimitée, de s’emparer des biens de ses habitants. Un « État » est en réalité la collection de toutes les richesses situées à l’intérieur des frontières nationales. Les propriétés des habitants garantissent le remboursement des dettes de l’État. La faillite d’un État est donc davantage la conséquence de l’absence de volonté de payer que l’impossibilité de s’acquitter de ses dettes. En guise de comparaison, lors de la faillite de l’État argentin, il y a une décennie, la dette publique ne représentait que 30 % du P.I.B. (produit intérieur brut). En Grèce, ce ratio se situe actuellement à 150 %.
Pour les Grecs, mais aussi les Portugais et les Irlandais, les limites de l’austérité supportable sont déjà atteintes, voire dépassées. Ces pays restent pourtant confrontés à un déficit budgétaire de 10 %. Il nous paraît naïf de croire que ces pays pourront rembourser « normalement » leurs dettes. Pour donner une idée de l’ampleur du problème, considérez le raisonnement suivant : une dette publique pesant 150 % du PIB et un taux d’intérêt exigé par les marchés de 15 % impliqueraient à terme qu’il faudrait consacrer plus que 40% des dépenses publiques aux charges d’intérêt. Une situation totalement intenable. Le FMI et le reste de l’Europe sont également de cet avis.
La majorité de ces dettes est détenue par des banques qui restent très fragiles après la crise financière. Il fallait donc assurer plusieurs financements publics pour laisser du temps aux banques de se réorganiser. Et même aujourd’hui, les banques ne semblent pas en mesure de supporter la totalité de la charge de la restructuration de la dette de ces pays.
Mais tout n’est pas aussi noir qu’il n’y paraît : aujourd’hui, les PIIGS se sont réduits à des PIG. L’Italie et l’Espagne semblent en effet sorties de la zone de danger. Si le problème devient plus aigu pour trois pays (le Portugal, l’Irlande et surtout la Grèce), sa portée géographique s’est réduite.
Surtout que, depuis quelques mois, les entreprises ont à nouveau le vent en poupe partout dans le monde. Le redressement économique leur permet d’enregistrer, dans de nombreux cas, des bénéfices record. En particulier dans le secteur du luxe, où les résultats sont spectaculaires. Il nous semble donc judicieux aujourd’hui de mettre progressivement l’accent sur les actions de type « value » qui enregistrent de meilleures performances dans la 2e phase du cycle économique que les actions dites de croissance.
Une remontée des taux d’intérêt à court et à long termes ne sera possible qu’après une solution définitive pour les PIG. Le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a donné un premier signal sur la normalisation future des taux. Pour la première fois depuis la crise financière, la BCE a décidé une hausse (certes limitée) de 0,25 % de son principal taux directeur. Selon M. Trichet, ce resserrement de la politique monétaire est nécessaire pour endiguer une inflation croissante (autour de 2,8 %). En soi, il est réconfortant de savoir que la BCE estime que l’économie est maintenant assez solide pour digérer cette hausse de taux. Mais au vu du ralentissement de la croissance, surtout dans les pays du sud, il est peu probable que ce premier signal soit suivi rapidement d’un deuxième.
Les États-Unis
La plus grande économie du monde reste aux prises avec ses propres problèmes. Au cours des deux dernières années, la forte reprise économique n’a pas permis de relancer les créations d’emploi. Le sentiment de crise reste bien présent. Et le marché immobilier reste fragile, tandis que l’endettement public a grimpé jusqu’à 100 % du P.I.B.
Les mesures proposées par les démocrates et les républicains, qui reconnaissent la nécessité d’assainir le budget, divergent fondamentalement, les seconds excluant toute espèce de hausse d’impôt. La poursuite (ou non) de la politique monétaire accommodante de la Réserve fédérale (FED), dite « quantitative easing 2 » (QE 2), qui consiste à racheter des obligations d’État à long terme et donc à injecter des liquidités dans l’économie, est également sujette à discussion. Les statistiques décevantes du mois de mai (surtout la baisse significative de l’indice ISM, traduisant la confiance des entreprises) donnent déjà des munitions à la FED pour maintenir ses taux à leur niveau actuel (très bas). Même si ces statistiques comprenaient sans doute une composante exceptionnelle, à savoir la fréquence inhabituelle des catastrophes annuelles aux États-Unis. La réparation des dégâts pourrait même donner un coup de pouce supplémentaire à la croissance économique. Mais progressivement, les événements attendus en 2012 vont accaparer toute l’attention, comme les élections présidentielles.
Les pays émergents
Où en sont la Chine, le Brésil et l’Inde ? Ces pays continuent à croître à un rythme impressionnant. Même si ce n’est pas toujours au bénéfice de la population (pauvre). L’inflation élevée est la conséquence, d’une part, de la prospérité économique, encore renforcée par une devise artificiellement basse, et d’autre part, de la hausse des prix des matières premières. Le relèvement du taux directeur en Chine a surtout pour but d’éviter la surchauffe de l’économie. Mais la population en souffre doublement : tant par la perte de pouvoir d’achat que par la hausse du taux des emprunts.
Conclusions pour l’investisseur local
Aujourd’hui, le développement du monde est clairement à plusieurs vitesses. Les priorités sont donc divergentes : soutenir la croissance, limiter les déficits publics et juguler la pression inflationniste. Et il faut résoudre certains dossiers, comme la crise de la dette qui pèse sur les marchés depuis pas mal de temps. Le second semestre de 2011 promet donc d’être captivant, avec un marché qui vivra sans doute encore quelques mois partagé entre l’espoir et la peur.
Comment l’investisseur doit-il se comporter dans ce contexte ? En essayant de participer à quelques développements particulièrement prometteurs sans s’exposer à de trop grands risques. Pour nous, ces occasions sont étroitement liées aux évolutions économiques à long terme :
- La montée en puissance des marchés émergents : la Chine, le Brésil, l’Inde, l’Indonésie, etc. verront leur importance encore s’accroître au cours des prochaines années.
- La hausse de la demande des matières premières : en raison de l’augmentation de la population mondiale et de la prospérité, la demande de matières premières ne peut que progresser. Et cela ne concerne pas seulement le pétrole : la demande de cuivre, d’aluminium, de céréales et d’eau croît toujours plus.
- Le vieillissement de la population et l’allongement de l’espérance de vie provoqueront, au cours des 20 prochaines années, un glissement important dans notre économie.
Outre les occasions, il est important de distinguer les vrais risques des dangers en trompe-l’œil. Et de reconnaître ainsi l’impact limité de la Belgique sur notre économie de plus en plus tributaire du dynamisme de l’Allemagne et des marchés émergents. Ceux qui vivaient encore, à la fin des années 1990, à l’intérieur des frontières protégées de la Belgique doivent à présent tenir compte d’un monde global et intégré. Cela présente des occasions considérables mais également de nouveaux risques. La diversification et certaines formes de protection du capital constituent donc des instruments incontournables dans le climat d’investissement actuel.