Les banques centrales restent un soutien indispensable pour les marchés

Les stimuli fiscaux seront probablement la prochaine étape

Depuis la crise financière de 2008, le rôle des banques centrales a clairement changé. Quand l’économie mondiale fonctionnait encore selon le schéma classique croissance/inflation et récession/déflation, la tâche des autorités monétaires était de combattre la hausse de l’inflation par des hausses de taux et par ailleurs de redonner du souffle à la croissance avec des baisses de taux. Le risque de l’effondrement complet de notre système financier a contraint les banques centrales à prendre des mesures exceptionnelles avec des injections massives de liquidités dans l’économie. Un effet collatéral de cette politique est vite apparu sur les marchés de capitaux : une grande partie de ces nouvelles liquidités a trouvé son chemin vers les actions, les obligations et l’immobilier. Ce faisant, les autorités monétaires ont créé une forme de dépendance dans les marchés financiers. Le mot d’ordre de nombreux investisseurs est devenu le suivant : pas de panique, les banques centrales vont de nouveau venir à la rescousse. Et il n’en a pas été autrement cette année : la FED a d’abord repris ses baisses de taux, avec une deuxième intervention en septembre. La BCE s’est sentie contrainte également de porter son taux central encore plus loin en territoire négatif, et de reprendre son programme de rachats obligataires.

Centrale Bank

L’importance que les investisseurs attachent à ce qui se passe sur le marché obligataire est par ailleurs apparue clairement lorsque la courbe des taux s’est inversée à la mi-août (le taux américain à 10 ans est passé sous le taux à 2 ans). Les bourses mondiales ont immédiatement chuté de 2 à 3 %. Une inversion de la courbe des taux est en effet considérée par beaucoup d’économistes et stratégistes comme un indicateur fiable d’une récession imminente.  Nous avons expliqué à plusieurs reprises que nous suivons ce signal avec toute l’attention requise, mais qu’il doit être nuancé par les circonstances exceptionnelles actuelles. Les inversions précédentes étaient dues aux relèvements des taux courts par la FED qui devait combattre l’inflation élevée, et ce faisant provoquait un ralentissement de l’économie. La FED est cependant occupée à baisser son taux central pour le moment. L’inversion provient de la chute importante des taux à long-terme provoquée par l’inquiétude des investisseurs face au ralentissement de la croissance et par le flux continu de liquidités qui s’investit dans le marché obligataire. À l’annonce de bonnes nouvelles provenant par exemple des négociations commerciales, les taux à long-terme remonteront très probablement et feront disparaitre l’inversion. Nous avons dès lors maintenu notre stratégie de surpondération en actions et de sous-pondération en obligations de long terme, avec certaines adaptations là où cela s’avérait nécessaire.

De nombreux économistes sont cependant conscients que la politique d’assouplissement monétaire a ses limites, et le débat se déplace maintenant vers la nécessité de stimuli fiscaux pour soutenir l’économie mondiale. Les États-Unis ont déjà pris de telles mesures en 2017 avec leur réforme fiscale. Le mois dernier c’était le tour de l’Inde. La Chine envisage également de relancer son économie par un soutien fiscal. La pression au sein de l’Europe se situe surtout en Allemagne : Berlin a toujours refusé jusqu’à présent de dévier de sa stricte discipline budgétaire, mais les chiffres économiques récents, particulièrement mauvais, vont peut-être convaincre les politiciens allemands de changer leur fusil d’épaule. Ce développement serait à coup sûr chaudement accueilli par les marchés financiers. 

 

Auteur : Expert Argenta Asset Management

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